Voici le témoignage de Jeanne, devenue sourde totale en 2006 et aujourd’hui double implantée cochléaire.
Mon histoire avec l’audition commence très tôt.
À l’âge de 4 ans, une mastoïdite entraîne un évidement de l’oreille gauche : je garde une surdité de transmission de cette oreille.
En 1986, une perforation tympanique de l’oreille droite nécessite une opération en 1987. L’intervention laisse malheureusement cette oreille cophosée. Un appareillage en conduction osseuse est alors mis en place sur l’oreille gauche.
Je me mets en recherche d’une association de devenus malentendants. Je participe à la création de l’ARDDS Morbihan, devenue depuis Oreille et Vie. J’y ai appris tout ce que je sais sur les oreilles et la surdité… et j’y ai écrit un petit livre : Je deviens sourd. Que faire ?

Le 10 octobre 2006, mon oreille gauche devient à son tour cophosée. Je suis alors devenue sourde totale.
J’ai immédiatement demandé l’implantation. L’opération a eu lieu en mars 2007 et le 11 avril, l’implant a été activé.
J’ai tout de suite compris la parole. Dans l’instant, je redevenais capable de converser à deux. Il m’a fallu cependant réapprendre les bruits et améliorer progressivement ma compréhension.
Le second implant m’a été proposé un an à un an et demi plus tard. Comme l’implantation de l’oreille gauche avait été physiquement difficile, notamment en raison de vertiges, j’ai beaucoup hésité. Il m’a fallu un an pour me décider. L’oreille droite a finalement été implantée en 2010.
Cela faisait 23 ans que je n’avais perçu aucun son par cette oreille. Quelle émotion de m’apercevoir qu’elle captait à nouveau quelque chose !
En revanche, le seul implant droit ne me permettait pas de comprendre la parole. Je percevais des sons informes.
Pourquoi cette différence entre les deux implantations ?
L’implant gauche a été activé six mois après la cophose, alors que l’oreille interne présentait environ 60 décibels de perte. Les neurones et les synapses étaient encore actifs.
Pour l’oreille droite, vingt-trois années s’étaient écoulées entre la cophose et l’implantation : toute la rééducation restait à faire.
Elle a cependant été relativement rapide, car l’implant de l’oreille gauche avait préparé la réadaptation.
J’ai également utilisé la boucle magnétique pour rééduquer l’oreille droite : j’en ai une pour la radio et la télévision. À plusieurs reprises, j’ai activé uniquement l’implant droit pour suivre une émission et stimuler l’écoute.
Je me pose souvent la question : « Que serait ma vie sans les implants ? ».
Tout a changé dès le premier implant. Je garde en mémoire les visages soulagés des membres de ma famille, heureux de pouvoir me parler normalement. Et il n’est pas indifférent d’avoir deux processeurs plutôt qu’un seul.
Bien sûr ce ne sont pas de bonnes oreilles, les échanges en groupe sont difficiles et je n’ai pas retrouvé le plaisir de la musique. Mais le bénéfice des implants permet de vivre “presque normalement”. Ma seule véritable crainte aujourd’hui est liée à l’âge. Je constate que les établissements d’hébergement ou de santé intègrent encore très mal les besoins des personnes malentendantes ou sourdes.
Si je ne peux plus m’occuper des piles ou des batteries, comment cela se passera-t-il si je dois entrer dans une de ces structures ? Et que deviendront les échanges, la participation aux animations ?
Avec le recul, je referais ce choix sans hésitation.
Les implants ont transformé ma vie.
Jeanne Guigo
