SurdiFrance Paroles d'implantés L’implant m’a rendu ma place dans les conversations

L’implant m’a rendu ma place dans les conversations

Voici le témoignage de Marc, devenu sourd après un traumatisme sonore en 1999, implanté cochléaire en 2009, qui partage son parcours entre craintes, activation difficile et reconstruction progressive.

Quelles étaient vos principales craintes avant l’implantation ?

En 1999, un ami m’a lancé un pétard qui a explosé à quelques centimètres de mes oreilles. Je me souviens de la détonation, de la douleur fulgurante, puis d’un sifflement violent qui a tout envahi. Je pensais que cela allait passer. Ce n’est jamais passé.

L’oreille droite a été immédiatement très atteinte. Les acouphènes sont devenus permanents. La gauche a compensé pendant plusieurs années, puis elle a commencé à décliner elle aussi.

Pendant dix ans, j’ai refusé l’idée de l’implant cochléaire. Pour moi, c’était l’étape ultime, presque un aveu d’échec. Je voulais croire que mes appareils auditifs suffiraient. J’avais peur de l’opération, peur que cela ne fonctionne pas, peur d’être déçu. Mais au fond, ma plus grande crainte était d’accepter que ma surdité était devenue sévère à profonde.

Je redoutais aussi le regard des autres. Porter un implant me semblait marquer une frontière définitive.

Comment avez-vous vécu la période autour de l’opération ?

Entre 1999 et 2009, mon audition s’est effondrée progressivement. Au début, les prothèses auditives m’aidaient encore. Puis les mots se sont mis à se déformer. Les conversations dans le bruit sont devenues incompréhensibles. Je compensais énormément par la lecture labiale et par l’anticipation. Je souriais, j’acquiesçais, je faisais semblant de comprendre. Cela devenait épuisant. Au travail, les réunions étaient une source d’angoisse. À la maison, les repas familiaux me fatiguaient plus que mes journées professionnelles. Petit à petit, je me suis isolé.

C’est à cette période que j’ai pris contact avec Surdi 59. J’y ai rencontré d’autres devenus sourds. Pour la première fois, je pouvais parler librement de mes difficultés sans avoir à me justifier. Entendre leurs parcours m’a aidé à comprendre que l’implant n’était pas un échec, mais une possibilité. Les échanges lors des permanences et des rencontres m’ont permis de poser des questions très concrètes : la fatigue après l’activation, les réglages, la rééducation, la vie professionnelle. Cela a beaucoup compté dans ma décision.

Les examens pré-implant ont confirmé que les appareils ne m’apportaient plus suffisamment de compréhension. En 2009, j’ai finalement accepté l’implantation.

Après l’opération, j’ai ressenti un étrange mélange de vide et d’espoir. Le silence était toujours là, mais il y avait la perspective de quelque chose. Les membres de l’association ont continué à m’encourager pendant cette période d’attente avant l’activation, ce qui m’a aidé à tenir dans les moments de doute.

Comment avez-vous vécu le moment de l’activation de votre implant ?

Je pensais être prêt. Je ne l’étais pas.

Le jour de l’activation, j’étais tendu, presque fébrile. J’espérais retrouver des sons familiers. Lorsque l’audioprothésiste a activé l’implant, j’ai sursauté. Les sons étaient agressifs, métalliques, irréels. Les voix ressemblaient à des voix de robots. Tout était aigu, fragmenté, difficile à supporter.

Je comprenais très peu de choses. Même mon propre prénom me paraissait étrange. J’ai ressenti une vraie déception. Je me suis demandé si j’avais fait le bon choix.

Les premiers jours ont été difficiles. Les bruits du quotidien me semblaient disproportionnés : l’eau qui coule, la vaisselle, une porte qui claque. Mon cerveau n’arrivait pas à trier les informations. J’étais fatigué, irritable, parfois découragé.

Il m’est arrivé d’enlever le processeur pour retrouver le silence, tellement l’écoute me demandait d’efforts.
La rééducation a été déterminante. Petit à petit, les sons ont pris du sens. Les voix ont perdu leur aspect métallique. La compréhension est venue progressivement, mot après mot, phrase après phrase.

Le jour où j’ai réussi à suivre une conversation téléphonique simple, j’ai compris que le travail portait ses fruits.

Concrètement, comment décririez-vous la façon dont vous entendez avec un implant cochléaire ?

L’audition avec un implant est différente de l’audition naturelle.

Le son est plus précis, parfois plus sec. Il y a moins de nuances au début. Le cerveau doit reconstruire les repères.

Avec le temps, l’écoute devient plus fluide. Aujourd’hui, je comprends bien en face-à-face et dans des environnements calmes. Le bruit ambiant reste un défi, mais je ne suis plus exclu des échanges. Je dirais que l’implant m’a rendu l’intelligibilité de la parole, ce qui est essentiel.

Dans votre vie quotidienne aujourd’hui, qu’est-ce qui est différent grâce à votre implant cochléaire ?

La différence la plus importante, c’est la participation.

Avant, j’étais physiquement présent mais mentalement épuisé. Aujourd’hui, je peux suivre une discussion sans anticiper chaque mot.

Je peux téléphoner avec des dispositifs adaptés. Je peux regarder la télévision sans dépendre uniquement des sous-titres. Je peux échanger sans cette angoisse permanente de mal comprendre.

La fatigue auditive est toujours là en fin de journée, mais elle n’a rien à voir avec celle d’avant.

Quelle idée reçue sur l’implant cochléaire aimeriez-vous corriger ?

Beaucoup pensent que l’implant est une solution immédiate et magique. Ce n’est pas vrai.

L’activation peut être déroutante, parfois même décourageante. Il faut du temps, de la patience, des réglages réguliers et un vrai travail de rééducation.

Et attendre trop longtemps peut rendre l’adaptation plus complexe. Dix ans se sont écoulés entre mon traumatisme et l’implantation. Mon cerveau avait perdu certaines habitudes.

Si j’avais été mieux informé, j’aurais peut-être franchi le pas plus tôt.

Avec le recul, referiez-vous ce choix ? Pourquoi ?

Oui, sans hésitation. Je regrette d’avoir attendu, mais je ne regrette pas l’implant.

Il ne m’a pas rendu l’audition d’avant 1999. Mais il m’a rendu ma place dans les conversations, dans ma famille, dans mon environnement professionnel.

Il m’a rendu une forme d’équilibre.

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